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28 décembre 2008 7 28 /12 /décembre /2008 08:56
Ce soir du 24 décembre, un homme et sa toute jeune femme cheminaient lentement et péniblement à travers les sentiers escarpés.

Pauvrement vêtus, affamés, ils s'obstinaient à marcher,  guidés par les écritures.

A vrai dire, l'homme avait un peu perdu sa route et n'osait pas le dire à son épouse si épuisée.

Voyant le jour diminuer, il voulait trouver abri dans une grotte, le long du chemin.
Mais avec l'obstination du désespoir, la très jeune femme refusait.
Elle voulait atteindre un hameau, un bourg, un village.

Il faut vous dire qu'elle approchait de son terme et que la présence d'une autre femme lui était nécessaire.

Ils sont donc arrivés aux abords de Peillon.
Timidement, l'homme a frappé à la porte de la première ferme modeste qu'il a vu. Mais tous les habitants s'étaient absentés, laissant une petite vieille sourde au coin d'un feu qui s'éteignait, avec pour toute compagnie un chat rhumatisant, blotti sur ses genoux.
Ils reprirent donc leur chemin, mais ne purent approcher de la deuxième ferme, tant les molosses aboyaient !

Arrivés à Peillon, ils frappèrent chez les Agnelli, des gens âpres au gain, une famille nombreuse où on était mis à l'ouvrage de bonne heure et malmené dès qu'on n'était plus rentable. Une telle famille ça ne pouvait pas être plus tendres avec des étrangers qu'avec ses propres membres. La future mère soupira et ils reprirent leur chemin.
Timides et jeunes, ils ne demandaient peut-être pas avec assez d'insistance, mais à la ferme cossue des Rizzo, ils furent aussi refusés, pourtant ils ne demandaient qu'une place dans la grange bourrée de paille.

A la petite masure des Thomé, la femme aurait bien accueilli la future mère, mais l'homme se méfiait du voyageur, à la barbe hirsute et au bâton solide.
- Si vous êtes sur les routes dans l'état de cette femme, c'est que vous avez quelque chose à vous reprocher! Si on ne veut pas de vous dans votre propre pays, on ne voudra pas de vous ici. Filez, et que je ne vous revoie plus.

De ferme en mas, de bâtiment en pisé en maison en solides pierres, de ruelle en faubourg, le jeune couple et son âne étaient refusés partout.

Malgré sa timidité, Joseph finit par frapper à la maison la plus cossue du village, chez les Collas. C'est Ernestine qui vint ouvrir. Cette fois-ci, Joseph et Marie avaient laissé leur âne attaché un peu plus loin, et s'étaient présentés à pied. Ils se réjouirent de l'air chaud qui s'échappait de la maison quand on ouvrit ! Les yeux pleins d'espoir, ils commencèrent à s'expliquer.
- Ah mais si vous croyez que je peux décider de quelque chose ici, vous autres, vous vous trompez! C'est ma soeur qui dirige la maison.
- Excusez-nous, mais nous sommes de passage et ma femme va accoucher.
- Elle va accoucher? Et vous avez décidé de partir vous promener loin de chez vous? Peuchère, mais vous êtes fadas! Amédée, Amédée, viens voir!
Occupée à composer le copieux  menu du soir, avec le cuisinier,  Amédée finit par arriver.
Apitoyée par l'air hagard de Marie, par son ventre rond au milieu de sa maigreur, elle voulait leur indiquer le logement du cocher parti voir sa mère au bourg voisin, mais son mari qui passait par là le lui interdit formellement.
Monsieur Collas décidait rarement des choses domestiques, mais quand il parlait, tout le monde obéissait.
Les jeunes époux repartirent donc la tête basse.

Le temps passait, Marie sentit que le terme venait vraiment.
- Joseph, c'est mon heure.
- Quoi, ton heure?
- Le petit, il va naître.
- Maintenant, là, tout de suite?
- Je crois, oui, dit elle, en lui dédiant son plus beau sourire.

Joseph ne savait pas résister à ce sourire là. Il le chavirait, l'emportait, l'enivrait. Elle aurait pu lui demander n'importe quoi avec ce sourire si innocent, si frais et si bon.

Alors, il fit ce que jamais il n'avait fait de toute sa vie. Il ne demanda la permission de personne.
Il avisa une grange où dormait un boeuf.
Il amena l'âne à ses côtés, près du ratelier vide.
Le boeuf oublié de tous semblait accepter avec bonheur cette distraction inopinée.
Et Marie accoucha seule, dans cet abri précaire, à minuit, entre le 24 et le 25 décembre.

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commentaires

patsy 28/12/2008 23:39

très impressionante cette crèche !! la mienne est bien plus basique !! tu as fait les personnages aussi ?

Lajemy 28/12/2008 20:04

j'admire les personnes qui savent créer avec leurs mains....
Si tu veux un design pour ton blog, tu peux demander à Mélanie http://meli.melo.photos.et.paysages.over-blog.net/
c'est elle qui a fait le design du mien parce que je suis aussi nulle en informatique !
bonne soirée et bises

jupiter 28/12/2008 14:45

j'adore ton écriture qui montre bien le caractère des gens "d'ici"
les portes ne s'ouvrent pas facilement en effet.
Ce fut un régal de lire ton conte de Noël, merci

jupi

malb 28/12/2008 12:02

Terrienne, tes écrits sont sublimes, ils ont la faculté de nous emmener dans cette histoire animée...
Merci
Bon dimanche.

createrres

bonne-annee-2015.png

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