"De toutes les écoles de patience et de lucidité, la création est la plus efficace."
Albert Camus (1913-1960)
Que pensez-vous de cette phrase?
En ce qui me concerne, dans les domaines que je tatouille (terre, céramique, peinture sur porcelaine) je suis d'accord pour la patience, mais la lucidité... ça dépend.
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Quand je suis penchée sur ma table de travail depuis trop longtemps, comme pour cette geisha (atelier peinture sur porcelaine), il me manque le recul pour juger si je suis sur la bonne voie ou pas.
Je peux m'acharner sur un détail pour le parfaire alors que l'allure générale n'est pas ce que je cherchais et je m'en aperçois souvent quand c'est trop tard.

Laisser "reposer" le masque, la maison, le vase ou le poisson que je suis en train de monter en terre est toujours bénéfique.
Je reviens avec un oeil neuf. Mais ... lucide, non, ça c'est autre chose.
On est souvent mauvais juges pour ses créations, que ce soit la chair de notre chair ou nos tableaux, vases, écrits.
Vous trouvez sur mon blog des objets dont je suis fière parce qu'ils m'ont demandé des efforts techniques (paresse ou manque de confiance en moi et je me réfrenne souvent dans mes idées créatrices de peur de me louper ou que ça casse) et qui n'ont pas de succès, et d'autres que j'ai fait sans peine comme cette coupelle en forme de feuille, ainsi que son négatif.

Ici et là, sur les blogs, on trouve des gens comme moi. Qui n'ont pas le même regard sur leurs productions (écrits, broderies, poterie, etc) que les lecteurs.
C'est pour cela que je voudrais vous dire à quel point c'est une prise de risque sentimentale d'exposer à tous les regards nos "bébés".
Et la lucidité des "spectateurs" je n'y crois pas non plus!
Il n'y a qu'à voir le succès de certains artistes que perso je trouve nuls et le snobisme dont le monde de l'art s'entoure souvent. Combien de vendeurs de vent et combien de faux artistes qui montent en épingle les idées qu'ils ont piquées aux autres, combien de clowns grotesques, avides de gloire... par rapport aux vrais génies souvent modestes et silencieux? A ces derniers, nul besoin de projecteurs ou de vernissages grandioses dans des lieux prestigieux.
Les vrais artistes ont le triomphe modeste, mais sincère. Ils sont heureux quand, après de longues recherches, ils trouvent les moyens techniques, le geste juste, les mots précis s'ils sont écrivains, la forme recherchée depuis longtemps et trouvée par tâtonnements empiriques, longs et ... patients, s'ils sont sculpteurs ou autres plasticiens.
Quelle joie alors, quel transports d'avoir frôlé, presque atteint le nirvana!
Parfois on peut trouver lees créateurs imbus d'eux-mêmes, mais c'est parce qu'on ne se rend pas compte de tout le travail, les frustrations, découragements et autres accidents de parcours que leurs oeuvres sous-tendent.
Ils ont bien raison d'être contents d'eux.